OMER AVITAL // Jazz, World

Date de sortie : 6 MARS 2014
Concert de sortie : 28 AVRIL @ CAFE DE LA DANSE
Label : PLUS LOIN MUSIC
Distribution : ABEILLE MUSIQUE
Booking : VO MUSIC

OMER AVITAL

Parmi les nombreux musiciens talentueux originaires d’Israël qui ont déferlé sur le jazz mondial ces dernières années, Omer Avital n’est pas un personnage comme les autres. Il ne fait pas partie de cette vague
car il est de ceux qui l’ont engendrée. Omer Avital est un pionnier.
En 1992, lorsqu’il a débarqué à New York, la tête pleine de rêves, l’appel du swing le tenaillant au ventre, il était l’un des premiers jazzmen originaires de son pays à venir tenter sa chance dans la patrie de cette musique, avec deux autres instrumentistes appelés à jouer un rôle clé dans l’émergence d’Israël sur la carte du jazz, le tromboniste Avi Lebovich et le contrebassiste Avishai Cohen (la légende presque trop belle qui veut qu’ils aient foulé le sol américain tous trois le même jour est authentique). À New York, Omer Avital a fait plus que s’abreuver au son de ses idoles, ces géants qui n’allaient pas tarder à quitter définitivement la scène et qu’il était encore aisé d’aller écouter en direct. Il s’est distingué comme l’un des éléments essentiels d’un mouvement de régénérescence en profondeur du jazz qui s’épanouissait alors. Le club Smalls, où se croisaient vétérans oubliés du bop et nouvelles pousses du jazz, a servi de foyer à cette renaissance qui, au milieu des
années 1990, a vu émerger des artistes comme Brad Mehldau, Kurt Rosenwinkel ou Mark Turner. Pilier du lieu dès son ouverture, Omer Avital y a dirigé un groupe parmi les plus importants de son époque, un sextet sans piano et quatre saxophones aux allures de workshop qui se produisait de manière hebdomadaire au coeur de la nuit et qu’il alimentait avec un appétit insatiable d’écriture à chaque concert, un pied dans la tradition, l’autre tourné vers l’expérimentation. C’est là qu’Omer Avital s’est fait sa réputation de Mingus israélien, par sa capacité à brasser les influences et les couleurs, par la vigueur de sa contrebasse et sa façon d’exhorter les solistes, de la voix comme sur les cordes, à donner le meilleur d’eux-mêmes, par l’inspiration de ses compositions aux formes développées et aux atmosphères évocatrices. Loin de chez lui, Omer Avital a adopté le jazz mais le jazz a aussi adopté Omer Avital, au point qu’il a noué au sein du microcosme du jazz new-yorkais des liens durables avec la plupart de ceux qui comptent aujourd’hui (Mark Turner, Greg Tardy, Jason Lindner, Joel Frahm, Jimmy Greene, Myron Walden…), qu’ils soient passés par son groupe ou qu’il ait, lui, fait partie des innombrables aventures musicales, éphémères ou durables, qui sont nées dans ce club, comme en témoigne,
entre autres, le Yes Trio avec le pianiste Aaron Goldberg et le batteur Ali Jackson.

Le quintet à l’oeuvre dans New Song, qu’il dirige depuis plusieurs années, est dans la descendance directe de ce groupe fondateur avec lequel Omer Avital se fit un nom. Mais ce quintet porte aussi en lui tout l’héritage culturel que le contrebassiste a pris le temps d’explorer, au mitan des années 2000, en retournant dans son pays d’origine et en remontant ses racines ancestrales, yéménites du côté de sa mère, marocaines du côté de son père. Ce patrimoine mizrahim (des Juifs d’Orient), à l’en croire longtemps méprisé au sein de la société israélienne du fait des porosité qu’il entretient, par la force des choses, avec la culture arabe, Omer Avital en a étudié les chants folkloriques, les rythmes de danse et les rituels, qui ont nourri son imagination, au même titre que le blues, le gospel ou la soul avaient, avant
eux, alimenté son inspiration. La seule lecture des titres de cet album suffit à dire combien désormais son regard porte autant vers l’Orient que vers New York, vers l’Occident que vers le monde arabe, vers la solitude du désert que le brassage urbain.
Duke Ellington a emmené son orchestre en Caravan, Dizzy Gillespie passé une fameuse Night in Tunisia, Yusef Lateef adressé une Prayer to the East… Avec Omer Avital, l’intégration des traditions musicales du monde arabe au jazz est plus qu’une rencontre de circonstance. Elle est le fruit de l’assimilation des deux cultures, si bien que New Song vibre d’une infinité de rythmes et de couleurs, mêlant avec bonheur les tournes des musiques rituelles avec les grooves de la musique afroaméricaine, associant le phrasé de mélodies orientales avec la ferveur du gospel ou l’expressivité de la soul. De la transe des Gnaouas à la chaleur funky des Jazz Messengers, des chants yéménites à l’esprit workshop de Charles Mingus, il n’y a
qu’un pas que franchissent allègrement les musiciens qui sont à ses côtés. Qu’ils partagent sa double culture, comme le trompettiste Avishai Cohen, qui émaille son jeu d’accents à la Lee Morgan, ou le pianiste Yonathan Avishai, qui nous rappelle la fascination de McCoy Tyner pour l’Orient, ou qu’ils l’aient assimilée avec le temps, comme le saxophoniste Joel Frahm, au jeu terriblement soulful, ou encore le batteur Daniel Freedman, dont les baguettes constituent de véritables traits d’union entre des univers rythmiques a priori inconciliables.
Pour Omer Avital, le jazz s’offre ainsi comme la musique de la réconciliation, celle qui lui a permis, par un étrange équilibre d’exigence et de tolérance, de renouer avec ses racines sans tomber dans l’anonymat du folklore, d’assumer la culture de ses origines sans être contraint de s’y restreindre. Exigence, parce qu’il sait, pour l’avoir appris en direct sur la scène des clubs bien plus que dans les conservatoires, que le jazz ne se laisse pas aller à n’importe quelle fusion à l’emporte-pièce.
Tolérance, parce qu’il a pu mesurer combien c’est un langage qui autorise toutes les hybridations dès lors qu’on en préserve certains éléments consubstantiels, et qu’on peut y faire entrer des musiques qui, a priori, n’ont que peu à voir avec sa tradition.
En véritable citoyen du village planétaire, Omer Avital fait résonner dans New Song la région dont il est originaire et les contradictions qui la traversent, tout en faisant entendre une voix – la sienne – qu’on ne saurait confondre avec aucune autre. Ses chansons, nouvelles ou anciennes, nous parlent de lui autant qu’elles nous parlent du monde dans lequel nous vivons. Ce n’est pas la moindre de leurs vertus..

Vincent Bessières

Concerts //


24/05/2014 Concert Jazz sous les Pommiers Coutances

30/01/2014 Festival Atelier Jazz Melay Grez

Clips ou vidéos //